Cyera a annoncé une lettre d’intention pour racheter Oasis Security dans une opération valorisée à 1 milliard de dollars, soit environ 920 à 930 millions d’euros au cours actuel. L’annonce, rendue publique dans la semaine du 28 juillet 2026, reste à ce stade un accord préliminaire : le rachat n’est pas encore définitivement signé. Mais l’objectif est déjà clair. Cyera veut ajouter à sa plateforme de sécurité des données la brique qui lui manque pour protéger la prolifération des agents d’IA et, plus largement, des identités non humaines.
Cyera met 1 milliard de dollars sur Oasis, mais le rachat n’est pas encore bouclé
Le point le plus important tient au statut de l’opération. Cyera et Oasis Security ont confirmé la signature d’une lettre d’intention, pas d’un accord définitif. Autrement dit, les deux groupes affichent publiquement une acquisition en cours de finalisation, mais le closing reste à venir.
Sur le montant, en revanche, la communication est plus nette. Cyera a confirmé une valorisation de 1 milliard de dollars pour Oasis Security. Les modalités précises de paiement ne sont pas détaillées officiellement. Des sources secondaires évoquent une combinaison de cash et d’actions Cyera, avec des estimations concordantes autour de 700 millions de dollars en numéraire et le solde en titres, ou selon une autre lecture un ratio 30 % cash et 70 % actions. Ces chiffres doivent toutefois être maniés avec prudence : ils n’ont pas été confirmés par les entreprises.
Le calendrier reste lui aussi indicatif. Des projections de marché évoquent une finalisation plus tard en 2026, voire au troisième trimestre sous réserve des autorisations réglementaires. À ce stade, rien de plus précis n’a été officialisé.
Le pari de Cyera : relier sécurité des données et sécurité des agents d’IA
La logique industrielle du rapprochement est plus intéressante que le seul prix. Cyera vient du Data Security Posture Management, avec une plateforme centrée sur la découverte, la classification et la gouvernance des données sensibles dans le cloud, le SaaS et les environnements sur site. Depuis 2025, l’entreprise pousse aussi AI Guardian, une offre pensée pour superviser les usages de l’IA.
Cette suite regroupe notamment deux briques : AI-SPM, pour inventorier et gouverner les actifs d’IA, et AI Runtime Protection, pour surveiller en temps réel les usages susceptibles d’exposer ou de détourner des données. Cyera se présente désormais comme une plateforme de sécurité de l’IA « construite pour l’âge des agents » et veut occuper une place de couche de contrôle entre les données sensibles et les systèmes automatisés qui les manipulent.
C’est précisément là qu’intervient Oasis. La start-up s’est spécialisée dans les identités non humaines : comptes de service, clés d’accès, tokens, connexions API et agents d’IA. Son approche, qu’elle décrit comme de l’« agentic access management », vise à cartographier ces identités techniques, leurs privilèges et leur exposition aux données sensibles. En clair : savoir non seulement où sont les données, mais aussi quelles machines, quels scripts ou quels agents peuvent y accéder.
Pour Cyera, l’intérêt est évident. La sécurité des données seule ne suffit plus si une part croissante des accès est assurée par des entités non humaines. L’ambition affichée est donc d’unifier, dans une seule plateforme, la visibilité sur la donnée et le contrôle des accès machine. Oasis doit devenir une business unit distincte au sein de Cyera, tout en étant intégrée à son portefeuille.
Oasis Security arrive avec une forte prime sur sa dernière valorisation
Le prix retenu dit aussi quelque chose de la tension qui monte sur ce segment. Créée en 2022 par Danny Brickman et Amit Zimerman, Oasis Security a levé 195 millions de dollars depuis sa création. Son dernier tour, une série B de 120 millions de dollars annoncée en mars 2026, la valorisait autour de 700 millions de dollars.
Le rachat à environ 1 milliard de dollars représente donc une prime d’environ 43 % par rapport à cette valorisation de mars. Pour une société encore jeune, c’est un écart significatif. Il reflète moins une course au volume qu’un positionnement devenu stratégique : la gestion des identités machine, longtemps cantonnée aux angles morts de l’IAM classique, se retrouve soudain au centre de la sécurité des déploiements d’IA.
Oasis se concentre justement sur l’endroit où les outils traditionnels décrochent. Les plateformes d’IAM et de PAM savent gouverner des utilisateurs et des privilèges. Les solutions de DLP surveillent les flux. Les offres de sécurité IA, elles, regardent souvent les modèles, les prompts ou les usages applicatifs. Oasis ajoute une couche plus fine : celle des secrets, des comptes techniques, des tokens et des agents autonomes qui opèrent dans les workflows cloud et SaaS.
Pour les grands comptes, y compris en France, le sujet est loin d’être théorique. Plus les entreprises automatisent leurs processus, plus les identités non humaines se multiplient. Et plus il devient difficile de reconstituer, en cas d’incident, qui — ou plutôt quoi — a accédé à une donnée sensible.
Cyera accélère sa mue en plateforme de sécurité pour l’entreprise « agentique »
L’opération s’inscrit dans une trajectoire déjà engagée. Cyera met en avant une vision de « trust infrastructure for AI », autrement dit un socle de confiance pour les systèmes d’IA autonomes en entreprise. AI Guardian a posé une première brique. L’intégration annoncée avec Oasis doit lui permettre d’ajouter la gouvernance des accès non humains à son dispositif.
La société avait déjà gagné en visibilité cette année grâce à son positionnement sur la sécurité des données. Elle a aussi été classée Leader dans une évaluation Forrester Q2 2026 consacrée à la découverte et à la classification des données sensibles. Côté clients, Cyera cite des groupes comme Paramount, Chipotle et Valvoline pour illustrer ses déploiements autour du contrôle des données accessibles aux systèmes d’IA.
Le contexte financier, lui, est plus brouillé. Une annonce de janvier 2026 fait état d’une levée de 400 millions de dollars sur une valorisation de 9 milliards de dollars. Une autre source plus récente évoque au contraire une levée de 600 millions de dollars à 12 milliards de dollars, intervenue quelques semaines avant l’annonce sur Oasis. Les deux chiffres étant contradictoires, ils ne permettent pas d’établir avec certitude la valorisation exacte actuelle de Cyera.
Une autre information circule : selon une source secondaire, l’acquisition d’Oasis serait la troisième acquisition de Cyera en 2026. Là encore, ce point n’a pas été confirmé officiellement. Il illustre néanmoins une stratégie de build-up de plus en plus visible, dans laquelle Cyera cherche à dépasser le seul DSPM pour assembler une plateforme plus large, allant de la donnée aux agents, et potentiellement jusqu’aux terminaux à terme.
Ce que le marché devra surveiller d’ici la fin 2026
La prochaine étape sera d’abord juridique : transformer la lettre d’intention en acquisition définitivement bouclée. Ensuite viendra le plus important, l’intégration produit. Toute la promesse de ce rachat tient dans la capacité de Cyera à relier ses outils de découverte et de protection des données avec la cartographie des identités non humaines d’Oasis.
Pour les équipes sécurité, notamment dans les entreprises déjà engagées dans le cloud et l’IA générative, le signal est net : la gouvernance ne peut plus s’arrêter aux comptes utilisateurs. Elle doit s’étendre aux agents, aux clés, aux tokens et aux services automatisés qui manipulent des données sensibles. Reste à voir si Cyera parvient à transformer cette vision en plateforme opérationnelle à grande échelle. En attendant, le rapprochement confirme une chose : la sécurité de l’IA passe désormais autant par la maîtrise des accès machine que par la protection des données elles-mêmes.








