Anthropic vient de publier un nouveau rapport détaillant plusieurs détournements de Claude observés entre décembre 2025 et août 2026. Selon l’entreprise, son IA a été utilisée ou sollicitée dans des opérations de cyberattaque, de surveillance, de fraude, de propagande et même pour développer certains logiciels liés à des armes. Anthropic affirme avoir bloqué les comptes concernés et renforcé ses protections. Le rapport montre surtout une évolution inquiétante : dans certains cas, l’IA ne se contente plus de conseiller un attaquant, elle peut orchestrer une partie de son travail.
Dernière mise à jour : 14 septembre 2026.
Ce qu’il faut retenir
- Anthropic a publié son nouveau rapport de sécurité le 10 septembre 2026.
- Les activités étudiées se déroulent entre décembre 2025 et août 2026.
- Claude aurait été détourné pour des cyberattaques, opérations de surveillance, fraudes et campagnes d’influence.
- Anthropic documente aussi plusieurs cas liés au développement de logiciels pour des systèmes d’armes.
- L’entreprise affirme avoir banni les comptes concernés et partagé certaines informations avec ses partenaires et les autorités.
- Anthropic précise que les exemples publiés sont parmi les plus inhabituels et graves détectés, et non représentatifs de l’utilisation normale de Claude.
Claude ne sert plus seulement de « conseiller » aux attaquants
Le changement le plus intéressant du rapport concerne le niveau d’autonomie atteint par certains usages malveillants de l’IA.
Anthropic explique avoir observé des acteurs utilisant Claude pour bien plus que demander comment écrire un programme ou analyser une faille.
Dans plusieurs opérations, l’IA aurait participé directement à différentes étapes d’une cyberattaque : reconnaissance des systèmes, analyse des environnements ciblés, exécution de commandes ou traitement des données récupérées.
Les humains restaient chargés de choisir les cibles et de superviser les opérations, mais Anthropic estime que l’IA permet désormais à des équipes beaucoup plus réduites d’effectuer des tâches qui demandaient auparavant davantage de spécialistes.
Selon l’entreprise, cette évolution rend également plus difficile l’identification du niveau réel de compétence d’un attaquant : une opération sophistiquée n’est plus forcément menée par une grande équipe expérimentée.
Des groupes liés au cybercrime et à l’espionnage
Le rapport décrit plusieurs catégories d’acteurs : cybercriminels motivés par l’argent, groupes soupçonnés d’être liés à des États, fournisseurs de logiciels de surveillance et individus politiquement motivés.
Anthropic dit par exemple avoir identifié plusieurs groupes associés au cybercrime financier utilisant l’IA pour accélérer la recherche de systèmes vulnérables, comprendre rapidement des infrastructures inconnues et exploiter les données dérobées.
Le rapport évoque également des opérations visant des organisations ukrainiennes et des entreprises travaillant sur des technologies de drones.
Dans ces différents cas, Anthropic affirme avoir interrompu l’accès à Claude des comptes qu’elle avait identifiés.
Une IA utilisée pour construire des outils de surveillance
Certains exemples dépassent largement le piratage informatique classique.
Anthropic affirme notamment avoir découvert qu’un consultant travaillant pour des autorités maliennes avait utilisé Claude comme outil principal de développement d’une plateforme de surveillance des télécommunications.
Le système était destiné à traiter des informations provenant des opérateurs mobiles du pays et à produire des dossiers sur certaines personnes.
Dans un autre cas, des acteurs liés à l’Iran auraient utilisé Claude pour développer différents outils de collecte d’informations, dont une extension Firefox malveillante destinée à identifier des utilisateurs de réseaux sociaux.
Anthropic indique également avoir détecté des activités liées à la surveillance de militants, dissidents et organisations politiques dans plusieurs pays.
Anthropic évoque aussi des projets liés aux armes
Le rapport comporte une partie consacrée à un domaine encore plus sensible : l’utilisation d’IA pour le développement de logiciels liés à des armes conventionnelles.
Anthropic explique avoir identifié six opérations de ce type au cours de l’année écoulée, associées à des acteurs situés notamment en Chine, en Russie et au Yémen.
Les cas décrits concernent par exemple des logiciels destinés à des drones, des systèmes de guidage ou des outils liés à la guerre électronique.
Il faut cependant apporter une nuance importante : Anthropic ne dit pas que Claude a conçu seul des systèmes d’armes complets.
Dans les cas documentés, les utilisateurs disposaient déjà de connaissances, de matériel ou de projets existants et tentaient d’utiliser l’IA pour accélérer certaines parties du développement logiciel ou de l’analyse.
L’entreprise affirme avoir bloqué les comptes identifiés et ajouté de nouvelles protections destinées à détecter ce type d’activité.
Des millions de faux profils et messages peuvent aussi être automatisés
Les cyberattaques ne sont pas le seul domaine dans lequel l’IA permet de changer d’échelle.
Anthropic décrit également des opérations de fraude et d’influence utilisant des personnages générés par IA et des réseaux de faux sites ou comptes sociaux.
Dans une opération, Claude aurait notamment servi à rédiger ou réécrire des milliers d’articles pour un réseau de faux médias dans plusieurs langues.
Anthropic précise cependant avoir observé peu d’engagement réel autour de ces contenus. Produire énormément de textes avec une IA ne signifie donc pas automatiquement réussir à influencer une audience.
Les nouveaux Claude Fable et Mythos sont-ils concernés ?
Le rapport cite principalement les modèles Claude Haiku, Sonnet et Opus.
Anthropic précise qu’elle n’a identifié aucun de ces cas de cyberactivité malveillante impliquant les nouveaux modèles de classe Fable ou Mythos.
Une exception concerne une affaire de « distillation » illicite, une technique utilisée par certaines entreprises pour tenter de récupérer les capacités d’un modèle concurrent afin d’entraîner leurs propres systèmes.
Cette précision est importante : le rapport couvre plusieurs mois et concerne donc principalement les générations de Claude disponibles pendant cette période.
Pourquoi ce rapport est important
Le constat d’Anthropic n’est pas que l’IA aurait inventé de nouvelles formes de cybercriminalité.
Les attaques informatiques, campagnes de phishing, opérations de surveillance ou réseaux de désinformation existaient évidemment avant Claude et les autres grands modèles de langage.
Le changement se situe surtout dans la vitesse et l’échelle.
Une seule personne peut désormais automatiser une partie du travail qui nécessitait auparavant plusieurs développeurs, analystes ou opérateurs.
Anthropic estime ainsi que la barrière technique séparant un attaquant relativement peu équipé d’une opération beaucoup plus sophistiquée commence à diminuer.
Le rapport doit toutefois être lu avec une autre précaution : il est produit par Anthropic elle-même. Les exemples reposent donc sur les enquêtes et analyses internes de l’entreprise. Anthropic reconnaît par ailleurs qu’elle a volontairement sélectionné les cas les plus nouveaux ou remarquables qu’elle a détectés.
Ils ne signifient pas que ce type d’utilisation représente la majorité des échanges avec Claude.
Une nouvelle bataille pour les fabricants d’IA
Pour Anthropic, OpenAI, Google et les autres fournisseurs de modèles, la question devient désormais de savoir jusqu’où une IA peut conserver des capacités utiles en programmation, recherche ou cybersécurité défensive sans fournir les mêmes outils aux attaquants.
Anthropic dit continuer à utiliser les incidents détectés pour entraîner de nouveaux systèmes de surveillance et améliorer ses filtres.
Le rapport de septembre 2026 montre surtout que cette course ne concerne plus uniquement la puissance des modèles : les fabricants doivent désormais suivre en permanence la manière dont leurs IA sont réellement utilisées une fois accessibles au public.








