La Norvège veut durcir les règles entourant les lunettes connectées équipées de caméras, microphones et intelligence artificielle. Le gouvernement s’inquiète notamment de la possibilité de filmer ou d’identifier des personnes dans l’espace public sans qu’elles le sachent. Parmi les pistes étudiées figure l’interdiction de certaines fonctions de reconnaissance faciale. Aucune interdiction générale des lunettes connectées n’a toutefois été décidée à ce stade.
Dernière mise à jour : 14 septembre 2026.
Ce qu’il faut retenir
- La Norvège prépare une réglementation plus stricte des lunettes connectées et autres appareils portables équipés de caméras.
- Le gouvernement vise surtout les risques liés à la surveillance et à la reconnaissance faciale.
- Une interdiction de la reconnaissance faciale d’autres personnes dans l’espace public fait partie des pistes envisagées.
- Un groupe d’experts doit proposer différentes options de réglementation.
- Les lunettes connectées ne sont pas interdites en Norvège à l’heure actuelle.
Pourquoi la Norvège s’intéresse aux lunettes connectées
Les lunettes capables de prendre des photos et des vidéos ne sont plus seulement des prototypes. Des modèles commercialisés par Meta et d’autres constructeurs intègrent désormais des caméras, des microphones, une connexion à Internet et des fonctions d’intelligence artificielle.
Pour le gouvernement norvégien, le problème vient surtout de leur discrétion.
Contrairement à une personne qui sort son smartphone pour filmer, il peut être beaucoup plus difficile de déterminer si quelqu’un portant des lunettes connectées est simplement en train de regarder autour de lui ou s’il enregistre une vidéo, du son ou analyse son environnement.
La ministre norvégienne de la Numérisation, Karianne Tung, estime ainsi que le développement de l’IA associée aux caméras et microphones intégrés aux objets du quotidien exerce une pression croissante sur la vie privée.
La reconnaissance faciale pourrait être interdite en public
Le gouvernement ne prévoit pas, à ce stade, d’interdire purement et simplement toutes les lunettes connectées.
Karianne Tung a en revanche évoqué une mesure beaucoup plus ciblée : interdire certaines fonctions permettant de reconnaître d’autres personnes dans l’espace public.
L’enjeu devient particulièrement sensible lorsqu’une paire de lunettes ne se contente plus de filmer, mais peut utiliser l’intelligence artificielle pour analyser en temps réel ce qui se trouve devant son propriétaire.
Un système de reconnaissance faciale pourrait théoriquement permettre d’associer rapidement un visage à une identité ou à d’autres informations, sans que la personne observée ait donné son consentement.
La Norvège considère que cette possibilité pose une question plus large : doit-on pouvoir se déplacer anonymement dans un lieu public sans être automatiquement identifié par les appareils des personnes que l’on croise ?
Les entreprises et les écoles sont déjà invitées à réagir
En attendant une éventuelle nouvelle réglementation, le gouvernement norvégien encourage les organisations à définir leurs propres règles.
Les employeurs publics et privés sont notamment invités à déterminer si l’utilisation de lunettes connectées doit être autorisée dans leurs locaux.
Les écoles sont également concernées. La ministre norvégienne de l’Éducation a déjà demandé aux établissements de réfléchir à l’intégration des lunettes connectées dans leurs règlements internes.
Le sujet devient encore plus délicat dans certains environnements comme les hôpitaux, les bureaux, les vestiaires ou les salles de classe, où des conversations ou images particulièrement sensibles peuvent être captées.
En juillet, le gouvernement norvégien expliquait d’ailleurs que l’utilisation de lunettes dotées de caméras et de microphones dans les soins aux patients devait respecter les mêmes exigences strictes de confidentialité et de sécurité que les autres outils numériques.
Filmer avec des lunettes n’est pas automatiquement illégal
La situation juridique reste plus nuancée qu’une interdiction générale.
L’autorité norvégienne chargée de la protection des données a déjà publié des recommandations concernant les lunettes intelligentes.
Dans de nombreux cas, enregistrer des images pour un usage strictement personnel peut relever des mêmes principes que filmer avec un smartphone.
En revanche, la publication ou l’utilisation d’images permettant d’identifier d’autres personnes peut déclencher des obligations supplémentaires, notamment en matière de consentement et de protection des données.
Le problème posé par les lunettes intelligentes est donc moins l’existence de la caméra elle-même que la facilité avec laquelle l’enregistrement peut devenir permanent, discret et associé à des outils d’IA.
Pourquoi le sujet pourrait rapidement dépasser la Norvège
La Norvège n’est pas membre de l’Union européenne, mais elle appartient à l’Espace économique européen et applique une grande partie des règles européennes relatives aux données personnelles.
Le débat dépasse donc largement ses frontières.
L’essor des lunettes connectées pourrait obliger de nombreux pays européens à préciser où se situe la limite entre un appareil personnel, comparable à un smartphone ou une caméra, et un véritable outil de surveillance portable.
La reconnaissance faciale constitue probablement le point le plus sensible. Les règles européennes encadrent déjà fortement certains usages biométriques, mais les appareils grand public capables d’analyser en permanence leur environnement créent de nouvelles situations difficiles à anticiper.
Aucune interdiction générale n’est encore décidée
Pour l’instant, il serait donc incorrect d’affirmer que la Norvège va « interdire les lunettes connectées ».
Le gouvernement va créer un groupe d’experts chargé d’étudier les différentes possibilités de réglementation concernant les lunettes, écouteurs et autres appareils portables combinant caméras, microphones et intelligence artificielle.
Les propositions devront ensuite être étudiées et, le cas échéant, soumises à consultation avant qu’une nouvelle réglementation puisse entrer en vigueur.
Mais le signal politique est clair : à mesure que les lunettes connectées deviennent capables de voir, écouter et analyser ce qui entoure leur propriétaire, les autorités commencent à considérer qu’elles ne peuvent plus être réglementées exactement comme une simple paire de lunettes.








