Le youtubeur Melvynx accusé d’avoir hacké le SaaS de Benjamin Code avec l’IA Kimi K3

Un abonnement à 99 € payé avec une carte bancaire de test, un alias e-mail oublié à l’écran dans une vidéo YouTube, et une chaîne de preuves horodatées : le développeur Benjamin Code affirme que son SaaS MeetSponsors a servi de cobaye à une démonstration d’IA offensive menée sans son accord.

Le créateur mis en cause, le YouTubeur Melvynx, a fait tourner Kimi K3, le modèle d’IA de Moonshot AI, en mode « hack » sur plusieurs applications tierces pour les besoins d’une vidéo. Il a depuis reconnu publiquement que certains de ces tests n’avaient pas fait l’objet d’une autorisation écrite préalable.

L’affaire agite la tech française depuis le 22 juillet et pose une question que l’arrivée des IA agentiques rend brûlante : à partir de quand un « test » devient-il un délit ?

Ce qu’il faut retenir

  • Benjamin Code affirme qu’un inconnu a créé des comptes et validé un abonnement payant sur son SaaS en production, avec de vrais utilisateurs, via une carte bancaire de test.
  • Il attribue l’opération à Melvynx, sur la base d’un format d’alias e-mail visible dans une vidéo publiée par ce dernier.
  • Melvynx a reconnu publiquement que certains tests sur des SaaS tiers n’avaient pas été précédés d’une autorisation écrite.
  • En droit français, l’accès frauduleux à un système est puni de 3 ans de prison et 100 000 € d’amende (article 323-1 du Code pénal), avec ou sans dégâts.
  • Aucune plainte n’a été annoncée. Benjamin Code dit explicitement ne pas vouloir de campagne de harcèlement.

Le dimanche où une vente à 99 € a gâché un week-end

L’histoire commence par une bonne nouvelle qui n’en est pas une. Dimanche, Benjamin Code voit tomber une notification de vente sur MeetSponsors : un abonnement mensuel à 99 €, souscrit par un utilisateur qu’il ne connaît pas.

Le détail qui cloche, c’est le moyen de paiement. La carte utilisée est une carte de test, un numéro fictif fourni par les prestataires de paiement pour valider un tunnel d’achat en développement, et qui ne débite jamais rien. Le système l’a pourtant traitée comme celle d’un client légitime, abonnement actif compris.

Suit ce que tout éditeur de SaaS redoute : week-end annulé, mode alerte rouge, verrouillage de l’application, audits pour mesurer ce qui a pu être touché. Sur le moment, aucune idée de qui est derrière, ni de ce qui a été fait. Aucun message reçu, ni avant, ni après.

L’alias e-mail resté à l’écran

C’est un oubli de montage qui fait basculer l’affaire. En tombant sur une vidéo publiée quelques jours plus tôt par Melvynx, une démonstration où une IA part à l’assaut d’applications réelles pour en trouver les failles, Benjamin Code reconnaît un motif familier.

L’outil utilisé dans la vidéo génère automatiquement des adresses jetables selon un schéma très reconnaissable : un préfixe fixe, le mot pentest, puis le nom de domaine de la cible, le tout sur un service d’e-mails temporaires. Exactement la structure de l’adresse ayant servi à souscrire la fausse commande à 99 €, nom de son propre produit inclus.

Benjamin Code affirme disposer d’un faisceau de preuves inhabituellement documenté pour ce genre de litige entre créateurs : journaux serveur horodatés, empreintes ancrées sur la blockchain Bitcoin, donc théoriquement impossibles à antidater, et archives publiques de la vidéo. Il précise avoir flouté les informations sensibles qui y apparaissaient.

Il pointe aussi une contradiction dans la posture de « discrétion » revendiquée dans la vidéo, dont l’auteur indiquait ne pas révéler quelle application était visée. Dans un écosystème français où les développeurs-créateurs vendant leurs propres SaaS se comptent sur les doigts d’une main, « le SaaS d’un YouTubeur connu » ne protège pas grand monde, sauf celui qui filme.

La faille a été corrigée le jour même.

Kimi K3 : le contexte que personne ne mentionne

Ce point est passé sous le radar de la plupart des commentaires, et c’est pourtant le cœur du sujet. La vidéo s’appuie sur Kimi K3, le modèle dévoilé le 16 juillet 2026 par le laboratoire pékinois Moonshot AI : 2 800 milliards de paramètres, une fenêtre de contexte d’un million de tokens, et surtout des résultats de premier plan sur les benchmarks agentiques, ceux qui mesurent la capacité d’un modèle à enchaîner seul des dizaines d’étapes sur une tâche longue, sans supervision humaine.

Autrement dit, le contenu a été tourné à peine quelques jours après la sortie d’un modèle capable, précisément, de mener seul une campagne d’exploration offensive sur une cible. La démonstration était techniquement crédible, et c’est bien ce qui la rend problématique.

Ce qui exigeait hier des compétences offensives réelles, du temps et de la méthode tient désormais dans un prompt et une facture d’API à quelques dollars. Le coût d’entrée du test d’intrusion s’effondre, et avec lui, visiblement, l’inhibition à le pratiquer sur le produit de quelqu’un d’autre pour alimenter une chaîne YouTube.

Ce que dit le Code pénal

Sur le terrain juridique, la marge d’interprétation est mince. L’article 323-1 punit le fait d’accéder ou de se maintenir frauduleusement dans un système de traitement automatisé de données de 3 ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende. Si l’accès entraîne une altération des données ou du fonctionnement du système, on passe à 5 ans et 150 000 €. L’article 323-3, qui vise l’introduction frauduleuse de données, prévoit également 5 ans et 150 000 € : la création de comptes et l’enregistrement d’un abonnement fictif dans une base de production n’est pas un terrain confortable pour la défense.

Deux idées reçues méritent d’être évacuées.

« Zéro dégât » n’égale pas « zéro infraction »

L’arrêt Bluetouff, rendu par la Cour de cassation en 2015, a validé une condamnation pour maintien frauduleux alors même que les documents concernés étaient librement accessibles, sans mot de passe. L’élément retenu était la conscience du caractère anormal de l’accès. Le préjudice n’est pas la condition de l’infraction.

La bonne intention ne remplace pas l’autorisation

Ce qui distingue un pentest licite d’un délit ne tient ni à la compétence, ni à la sincérité du testeur, ni à la qualité du rapport produit. Cela tient à un document : l’accord préalable et écrit du propriétaire du système. C’est ce que formalise un programme de bug bounty, avec un périmètre défini, un canal de signalement et une protection du chercheur qui reste dans le cadre. En dehors, il n’existe aucun filet.

Le dispositif de l’article L2321-4 du Code de la défense, régulièrement invoqué, protège le signalement de bonne foi d’une vulnérabilité auprès de l’ANSSI. Jamais l’intrusion qui l’a précédé.

Éditeurs de SaaS : les trois angles morts à vérifier ce soir

Au-delà du duel de créateurs, l’incident met le doigt sur des faiblesses banales et très répandues dans les produits construits vite :

  • Les clés de paiement en production. Une carte de test acceptée sur un environnement live signifie qu’une clé de test traîne quelque part, ou que la validation du statut de l’abonnement ne repose pas sur le webhook du prestataire de paiement.
  • Les alias et domaines jetables. Aucun filtrage sur les adresses temporaires, aucune normalisation des sous-adresses +tag : la création de comptes en série ne coûte rien.
  • L’absence de détection comportementale. Une salve de créations de comptes suivie d’une souscription anormale devrait déclencher une alerte automatique, pas une découverte fortuite un dimanche matin.

Et maintenant ?

Benjamin Code ne réclame ni plainte, ni curée. Il dit vouloir que les faits soient établis noir sur blanc, preuves à l’appui, et demande explicitement qu’on ne harcèle pas la personne mise en cause. Une position raisonnable dans un écosystème où le tribunal de X rend ses verdicts en quarante minutes.

Il reste que l’affaire fixe un précédent utile au moment exact où les agents autonomes deviennent capables de faire seuls ce qui relevait hier de l’expertise offensive. La règle, elle, n’a pas bougé d’un iota : que la main soit humaine ou déléguée à un modèle, l’auteur de l’accès reste celui qui a lancé la commande.

Sources et transparence

Cet article rapporte des déclarations publiques. Les faits évoqués sont, à ce stade, des accusations documentées par la partie plaignante et partiellement reconnues par la personne mise en cause. Les qualifications juridiques mentionnées le sont à titre d’information générale et ne constituent pas un avis juridique.