TrendForce prévoit que le marché mondial des lancements de satellites passera de 29,3 milliards de dollars en 2026 à 40,4 milliards en 2028, notamment grâce au déploiement de Starlink V3. Mais la première série de 20 satellites V3 testée par SpaceX en juillet n’est pas restée en orbite : elle a suivi une trajectoire suborbitale et s’est désintégrée dans l’atmosphère. La génération V3 a donc franchi un test important, sans encore fournir le service gigabit promis aux abonnés.
Le rapport mélange une étape technique réelle, des objectifs de performance et une prévision économique. Pour comprendre son importance, il faut séparer ce que SpaceX a déjà démontré de ce qui dépend encore de lancements orbitaux réguliers et d’un Starship pleinement réutilisable.
Ce qu’il faut retenir
- TrendForce estime le marché des lancements à 40,4 milliards de dollars en 2028, contre 29,3 milliards en 2026.
- Starship a déployé 20 satellites Starlink V3 lors de son vol 13 du 24 juillet 2026.
- Les appareils ont communiqué et déployé leurs équipements, mais sont retombés environ 20 minutes plus tard sur une trajectoire de test.
- La première mise en orbite opérationnelle de V3 reste donc une étape future.
- TrendForce évoque à terme moins de 20 ms de latence et 1 à 2 Gbit/s en téléchargement pour certains utilisateurs.
- Le chiffre de 40,4 milliards concerne tout le marché mondial des lancements, pas les revenus de Starlink ou de SpaceX.
Que prévoit exactement TrendForce ?
Le cabinet anticipe une progression d’environ 38 % du marché mondial des services de lancement entre 2026 et 2028. La multiplication des constellations de télécommunications, le direct-to-cell, les besoins gouvernementaux et les futurs usages liés à la 6G soutiendraient cette demande.
| Année | Marché mondial des lancements selon TrendForce | Statut |
|---|---|---|
| 2026 | 29,3 milliards de dollars | Estimation |
| 2028 | 40,4 milliards de dollars | Prévision |
| Progression totale | Environ 38 % en deux ans | Calcul à partir des deux estimations |
Starlink V3 serait l’un des principaux moteurs parce que les nouveaux satellites sont beaucoup plus gros que les V2 Mini et nécessitent Starship. Leur déploiement massif augmenterait le nombre et la valeur des missions, tout en accélérant le développement de technologies radio, d’antennes et de composants au sol.
Le premier déploiement V3 était un test suborbital
Le 24 juillet, Starship Flight 13 a transporté 20 véritables satellites V3. SpaceX indique qu’ils ont été correctement libérés, ont déployé leurs panneaux et antennes et que les équipes ont pu communiquer avec chacun d’eux.
C’est une validation importante du mécanisme de déploiement et du fonctionnement initial en vol. Mais le vaisseau suivait une trajectoire suborbitale. Les satellites n’avaient pas vocation à rejoindre une orbite durable et sont rentrés dans l’atmosphère environ vingt minutes après leur séparation.
Parler d’une « première constellation V3 déployée » serait donc trompeur. SpaceX a testé des satellites fonctionnels dans l’espace ; elle n’a pas encore ajouté ces 20 unités au réseau commercial.
Qu’apporterait Starlink V3 ?
La génération V3 doit augmenter fortement la capacité radio et laser de la constellation. SpaceX indique qu’un lancement complet sur Starship pourrait ajouter plus de vingt fois la capacité d’une mission V2 Mini sur Falcon 9.
TrendForce attribue aux nouveaux satellites une antenne réseau à commande de phase de 2 048 éléments et une orbite cible autour de 350 km, plus basse que celle de nombreux V2 Mini. Une distance plus faible réduit le temps de propagation, mais impose des corrections orbitales plus fréquentes et une constellation plus dense pour maintenir la couverture.
| Caractéristique | V2 Mini / réseau actuel | V3 attendu |
|---|---|---|
| Lanceur principal | Falcon 9 | Starship |
| Capacité ajoutée par mission | Référence actuelle | Plus de 20 fois selon SpaceX |
| Altitude évoquée | Souvent au-dessus de 500 km | Environ 350 km selon TrendForce |
| Débit utilisateur visé | Variable selon zone et congestion | 1 à 2 Gbit/s en téléchargement selon la prévision |
| Direct-to-cell | Déploiement progressif | Capacité renforcée, dont services vocaux annoncés |
| Statut au 11 août 2026 | Opérationnel | Test suborbital réussi, déploiement orbital massif à venir |
1 à 2 Gbit/s et moins de 20 ms : une promesse, pas le débit actuel
TrendForce évoque des téléchargements moyens de 1 à 2 Gbit/s, des envois de 100 à 200 Mbit/s et une latence de bout en bout inférieure à 20 ms dans certaines zones suburbaines. Ces chiffres décrivent le potentiel d’une constellation V3 déployée à grande échelle, pas les performances disponibles aujourd’hui.
Le débit réel dépendra du nombre de satellites, de la capacité des stations terrestres, du terminal, de la météo, du spectre autorisé et du nombre d’utilisateurs partageant une cellule. Une capacité théorique très élevée par satellite ne se transforme pas intégralement en débit pour chaque foyer.
Pourquoi Starship est indispensable au modèle économique
Les satellites V3 sont dimensionnés pour la grande soute de Starship. SpaceX veut lancer davantage de capacité par mission et réutiliser à terme le propulseur Super Heavy comme le vaisseau supérieur. Si cette réutilisation devient régulière, le coût par kilogramme pourrait baisser fortement.
TrendForce estime que le prix d’une mission pourrait alors passer de plusieurs dizaines de millions à quelques millions de dollars. Cette hypothèse reste très ambitieuse : elle dépend d’une récupération fiable, d’une cadence élevée, de la maintenance et de l’autorisation réglementaire.
Le vol 13 a validé le déploiement, mais il ne démontre pas encore une exploitation orbitale et totalement réutilisable. Le marché ne bénéficiera du coût annoncé qu’après de nombreuses missions réussies.
Le chiffre de 40,4 milliards ne concerne pas seulement SpaceX
La prévision couvre l’ensemble des services de lancement dans le monde : constellations commerciales, satellites institutionnels, observation de la Terre, télécommunications et missions scientifiques. SpaceX pourrait en capter une part importante, mais des acteurs comme Rocket Lab, Blue Origin, Arianespace, les lanceurs chinois, indiens et japonais participent aussi au marché.
Starlink possède une particularité : SpaceX est à la fois opérateur de la constellation et fournisseur de lancement. Une grande partie de l’activité générée par V3 sera donc interne au groupe et ne correspondra pas nécessairement à des ventes facturées à des clients extérieurs.
Direct-to-cell et 6G élargissent le marché
V3 doit renforcer les communications directes avec les téléphones, sans antenne Starlink dédiée pour certains services. La voix, les messages et une connectivité de données plus riche peuvent ouvrir des marchés dans les zones blanches, les transports et les secours.
TrendForce relie aussi cette évolution à la 6G attendue autour de 2028, qui doit mieux intégrer satellites, plateformes stratosphériques et réseaux terrestres. Ce calendrier reste prospectif : les normes, fréquences et accords avec les opérateurs varieront selon les pays.
Quels risques peuvent ralentir le déploiement ?
- Fiabilité de Starship : chaque retard repousse les lancements V3 à grande échelle.
- Réutilisation : le coût promis exige de récupérer et relancer les deux étages de manière régulière.
- Réglementation : les fréquences et services direct-to-cell nécessitent des autorisations nationales.
- Encombrement orbital : une constellation plus dense augmente les besoins de suivi et d’évitement.
- Astronomie : davantage de satellites visibles peut accentuer les perturbations des observations.
- Demande : la capacité doit être vendue à un prix couvrant les terminaux, les lancements et le réseau au sol.
Quelles conséquences pour les abonnés Starlink ?
À terme, V3 peut améliorer les débits et réduire la congestion dans les zones où de nombreux clients partagent la même capacité. Les liaisons mobiles, maritimes et aériennes pourraient également gagner en stabilité.
Aucune hausse immédiate vers 1 ou 2 Gbit/s ne doit toutefois être attendue après le seul vol de juillet. Les abonnés ne verront les effets qu’une fois des satellites opérationnels installés en nombre, les stations adaptées et les offres commerciales mises à jour.
FAQ
Starlink V3 est-il déjà opérationnel ?
Pas à grande échelle. Vingt satellites fonctionnels ont été testés sur une trajectoire suborbitale, puis ont brûlé dans l’atmosphère. Le déploiement orbital commercial reste à venir.
Pourquoi les satellites n’ont-ils pas été placés en orbite ?
Le vol 13 était une mission d’essai de Starship. Sa trajectoire permettait de tester le déploiement et les communications sans laisser les satellites durablement dans l’espace.
Quel débit V3 promet-il ?
TrendForce évoque 1 à 2 Gbit/s en téléchargement et 100 à 200 Mbit/s en envoi pour certains utilisateurs, mais il s’agit d’une projection.
Que représente le marché de 40,4 milliards de dollars ?
Il s’agit de la valeur estimée du marché mondial des lancements de satellites en 2028, tous opérateurs et types de missions confondus.
Starship réduira-t-il vraiment les coûts à quelques millions ?
C’est l’objectif associé à la réutilisation complète. Il n’est pas encore démontré dans une exploitation orbitale régulière.
Les téléphones pourront-ils se connecter directement à V3 ?
V3 doit renforcer le direct-to-cell, mais les fonctions, débits et dates dépendront des partenariats avec les opérateurs et des autorisations locales.
Le rapport TrendForce est-il une annonce de SpaceX ?
Non. Il s’agit d’une analyse de marché indépendante. Les caractéristiques et calendriers doivent être comparés aux informations officielles de SpaceX.
Conclusion
Starlink V3 peut devenir un moteur majeur du marché des lancements, mais la phase commerciale ne fait que commencer. Le test de juillet a validé le déploiement de 20 satellites fonctionnels ; il n’a pas créé une nouvelle couche opérationnelle de la constellation.
La prévision de 40,4 milliards de dollars en 2028 repose sur un enchaînement exigeant : Starship doit atteindre une cadence élevée, la réutilisation doit réduire les coûts et la demande doit absorber la capacité. Le potentiel est considérable, tout comme les étapes encore à franchir.
Sources
- TrendForce — prévision du marché mondial des lancements
- SpaceX — bilan officiel de Starship Flight 13
- SpaceX — objectifs de capacité de Starlink V3
- Reuters — prochaines étapes de Starship et du déploiement V3
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