reVCDOS remet GTA: Vice City dans un simple onglet de navigateur, sans installation locale du jeu lui-même : le port Web s’appuie sur WebAssembly et sur reVC, une réimplémentation du moteur original recompilée pour le Web. Le projet est accessible sur DOS.Zone, à condition de fournir les données du jeu, avec un chargement initial d’environ 50 Mo avant que le reste des assets n’arrive au fil de la partie. Une démonstration technique impressionnante, mais qui avance sur un terrain juridique et pratique nettement moins confortable.
reVCDOS fait tourner le moteur de Vice City dans le navigateur, pas une émulation
Le point important, c’est celui-ci : reVCDOS n’émule pas Vice City à la manière d’un contournement via DOSBox ou Wine. Le port repose sur reVC, un projet de reverse engineering du moteur de GTA: Vice City, ensuite recompilé en WebAssembly par l’équipe de DOS.Zone. En clair, c’est le moteur réimplémenté du jeu qui tourne directement dans le navigateur.
Cette différence technique change tout. D’abord sur les performances : les articles consacrés à ces ports Web évoquent des framerates de 100+ FPS sur du matériel moderne. Ensuite sur l’intégration, puisque le jeu prend en charge les entrées et l’affichage comme une application Web moderne, avec streaming progressif des données pour limiter l’attente au démarrage.
reVCDOS fonctionne sur navigateur desktop comme mobile, tant que WebAssembly est supporté. Le port accepte clavier et souris, manette et tactile, y compris sur téléphone en portrait comme en paysage. Les codes de triche sont aussi de la partie, saisis comme sur la version PC, et les mods en formats .dff et .txt sont chargés sans conversion. Pour un jeu de 2002, l’écart avec les anciennes versions PC est moins dans la nostalgie que dans la souplesse d’usage.
Pour jouer à GTA: Vice City via reVCDOS, il faut fournir les fichiers du jeu
DOS.Zone ne peut pas lancer Vice City tout seul. La page du projet impose de fournir les données du jeu original et propose pour cela cinq méthodes. Deux téléchargent les fichiers pour l’utilisateur, dont une via torrent. Trois autres permettent d’envoyer ses propres données : un dossier de jeu existant, des fichiers individuels ou une archive ZIP.
Dans les faits, c’est là que le projet se divise en deux réalités. Sur le plan technique, l’accès est simplifié au maximum. Sur le plan juridique, les méthodes de téléchargement direct des assets restent assimilables à du piratage, puisqu’il s’agit de contenus protégés. Les options les plus défendables sont donc celles où l’utilisateur importe ses propres fichiers, à condition de posséder une licence légale du jeu.
Le dépôt GitHub de reVCDOS va plus loin et documente le self-hosting. Des binaires sont publiés, ainsi qu’une image Docker capable de servir le code WebAssembly et de convertir les fichiers du jeu dans le format attendu, notamment sous forme de fichier packé. Une installation Python locale est également prévue, avec une interface exposée par défaut sur http://localhost:8000. Il existe même une option de démarrage rapide via Google Colab pour les tests.
Ce choix n’est pas anodin. Après une demande DMCA attribuée à EBRAND, reVCDOS n’est plus resté un service fermé uniquement hébergé par DOS.Zone : l’équipe a publié les binaires et autorise le réhébergement sous certaines conditions, notamment le crédit à la DOS.Zone Team, le maintien du logo dédié dans le menu et la conservation de la fonctionnalité de sauvegarde cloud.
Le plus gros défaut de reVCDOS aujourd’hui, ce sont les sauvegardes
La prouesse technique a un angle mort très concret : les sauvegardes locales sont signalées comme défaillantes depuis plusieurs mois sur le système hébergé par DOS.Zone. Sur le forum lié au projet, l’auteur indique que les sauvegardes ne sont disponibles qu’avec un abonnement, ce qui revient à réserver la persistance de la partie à un modèle de cloud save payant.
Pour l’utilisateur gratuit, la conséquence est brutale : fermer l’onglet peut suffire à perdre sa progression. Autrement dit, reVCDOS offre Vice City partout, mais pas forcément dans de bonnes conditions pour une campagne suivie. La seule porte de sortie consiste à bricoler son installation, via un hébergement local ou des adaptations plus techniques, afin de restaurer une sauvegarde persistante côté client ou serveur.
Ce point pèse d’autant plus que le port ne vise pas seulement la démonstration. Avec sa compatibilité mobile, sa prise en charge des manettes modernes et ses performances élevées, reVCDOS donne envie d’être utilisé comme une version du quotidien. En l’état, il reste plus séduisant pour une session d’essai ou une virée nostalgique que pour rejouer l’intégralité du titre confortablement.
Take-Two a déjà frappé, et reVCDOS avance dans une zone grise
Le contexte juridique explique en grande partie la forme actuelle du projet. reVCDOS est né à partir de reVC, lui-même issu de la même famille que re3 pour GTA III. Ces projets de reverse engineering avaient déjà subi une série de notifications DMCA envoyées au nom de Take-Two Interactive en 2021, avant une contre-notification, un retour temporaire en ligne, une plainte civile en septembre 2021, puis un nouveau retrait. Le litige s’est finalement réglé en avril 2023, avant procès, selon des termes non rendus publics.
Pour reVCDOS, l’épisode a pris une forme plus directe. DOS.Zone indique sur sa page dédiée à Vice City que le jeu a été retiré du site à la suite d’une demande DMCA de Take-Two. La réponse de l’équipe consiste désormais à ne plus distribuer elle-même les données du jeu et à exiger que l’utilisateur fournisse ses fichiers, ou passe par des mécanismes qui n’impliquent plus un hébergement permanent des assets sur le service.
Ce déplacement de responsabilité change le risque, sans le faire disparaître. Tant que les fichiers propriétaires de Vice City ne sont pas distribués par l’hébergeur, la situation est plus défendable. Mais l’existence même d’un port gratuit dans le navigateur peut entrer en friction avec la stratégie commerciale de l’éditeur, surtout quand la Definitive Edition est encore affichée à 59,99 $ sur SteamDB au 7 septembre 2026, soit un tarif généralement aligné à 59,99 € dans la zone euro.
Un test grandeur nature pour le jeu PC dans le navigateur
Au-delà de Vice City, reVCDOS montre qu’un jeu 3D du début des années 2000 peut fonctionner dans un navigateur moderne avec un niveau de performances proche d’un exécutable natif. L’intérêt est immédiat sur des PC verrouillés, des Chromebook, des tablettes ou des smartphones, où l’absence d’installation fait tomber une barrière importante.
La suite se jouera sur deux fronts. D’un côté, il faudra surveiller l’évolution du modèle d’accès, en particulier le dossier des sauvegardes, qui limite aujourd’hui l’intérêt du port pour un usage prolongé. De l’autre, la réaction des ayants droit restera déterminante : reVCDOS a déjà survécu à un premier retrait, mais son avenir dépendra de sa capacité à rester du bon côté de la ligne rouge, celle qui sépare l’interopérabilité technique de la distribution non autorisée d’assets propriétaires.








