GoPro se vend pour se sauver et bascule vers les data centers IA

GoPro se vend pour se sauver et bascule vers les data centers IA

GoPro va s’étendre aux data centers IA avec une opération qui change radicalement sa trajectoire : la marque de caméras d’action a signé le 1er septembre un accord de fusion définitif avec Starman Optical, société privée d’optique-photonique, pour 285 millions de dollars en numéraire. Les actionnaires actuels de GoPro recevraient 1,14 dollar par action, tandis que Starman s’est aussi engagé à rembourser environ 92 millions de dollars de dette. À l’issue de l’opération, si elle est finalisée, Starman détiendra 90 % du capital et les investisseurs actuels de GoPro conserveront environ 10 % de la nouvelle entité.

Le point clé n’est pas seulement financier. GoPro explique que ce rapprochement doit lui permettre de se repositionner comme fournisseur d’émetteurs-récepteurs optiques fabriqués aux États-Unis pour les data centers IA, tout en ouvrant des débouchés dans la défense, la robotique et l’aérospatial.

Le deal à 285 millions de dollars doit d’abord sortir GoPro d’une impasse financière

Cette fusion arrive au moment où GoPro cherchait surtout à se sauver. Le 1er juin 2026, l’entreprise a officiellement signalé un « substantial doubt » sur sa capacité à poursuivre son activité sur les douze mois suivants. L’alerte figurait dans un dépôt réglementaire et s’appuyait à la fois sur les commentaires de la direction et sur l’avis de son auditeur externe.

La mécanique de la crise est documentée. GoPro encaissait déjà une baisse de ses ventes sur un marché saturé et très concurrentiel. À cela s’est ajoutée une flambée du coût de la mémoire, avec des hausses évoquées entre 80 % et 110 %, voire jusqu’à 115 % sur certaines périodes. L’entreprise a aussi subi une réduction des allocations de composants, les fournisseurs privilégiant les grands acheteurs liés aux centres de données et aux smartphones.

Les chiffres donnent la mesure de la tension. GoPro devait faire face à un engagement d’achat non annulable de composants mémoire d’environ 24,5 millions de dollars, rembourser 24,4 millions de dollars d’une facilité de crédit sous 180 jours, et avait déjà provisionné 39,6 millions de dollars pour la sous-utilisation de matériaux au 30 juin 2026. Sans financement supplémentaire ou transaction stratégique, la société prévenait qu’elle pourrait devoir réduire fortement ses activités, se restructurer, voire chercher la protection du chapitre 11, même sans plan formel engagé à cette date.

Dans ce contexte, les 285 millions versés aux actionnaires et surtout la reprise d’environ 92 millions de dette ressemblent moins à une diversification opportuniste qu’à une opération d’assainissement. GoPro avait d’ailleurs mandaté Houlihan Lokey pour explorer une vente ou un rapprochement capitalistique. Le changement de cap n’arrive donc pas par surprise : il s’inscrit dans une recherche active d’issue industrielle et financière.

GoPro va s’étendre aux data centers IA en s’appuyant sur 2 500 brevets et sur l’usine américaine de Starman

Le pari de Starman repose sur un constat simple : GoPro n’apporte pas seulement une marque grand public affaiblie, mais aussi un portefeuille de plus de 2 500 brevets et des briques techniques qui peuvent intéresser l’industrie. Sont cités dans les actifs visés les capteurs d’imagerie, les optiques avancées, le traitement d’image embarqué, les systèmes de stabilisation et l’intégration matériel/logiciel développés pour les caméras d’action.

Sur le papier, passer d’une caméra embarquée à un transceiver pour data center semble abrupt. Techniquement, la passerelle existe. Les deux mondes partagent des problématiques d’optique fine, d’alignement, de packaging électronique, de miniaturisation et de robustesse. Starman est déjà positionné sur les émetteurs-récepteurs optiques destinés aux centres de données IA, avec une fabrication localisée aux États-Unis. GoPro lui apporte une base de propriété intellectuelle et des savoir-faire sur des modules compacts conçus pour fonctionner dans des environnements difficiles.

La nouvelle entité vise explicitement les infrastructures IA, mais pas seulement. GoPro annonce aussi une diversification vers les applications de sécurité nationale et de défense. Elle compte également capitaliser sur ses compétences en imagerie et en optique pour la robotique et l’aérospatial. Autrement dit, il ne s’agit pas de faire de GoPro un vendeur de GPU ou de puissance de calcul, mais un fournisseur de briques optiques et d’imagerie dans la chaîne d’approvisionnement de l’IA.

Pour les utilisateurs actuels, le changement est plus graduel. À court terme, rien n’indique un arrêt brutal des caméras GoPro ni des produits déjà en circulation. La fusion modifie la propriété de l’entreprise, pas le firmware ou le matériel déjà déployé. Le centre de gravité, lui, pourrait se déplacer progressivement vers les contrats B2B si ces marchés deviennent la principale source de croissance.

Le retour industriel aux États-Unis répond autant aux tarifs qu’au durcissement réglementaire

GoPro avait déjà déplacé une part significative de sa production hors de Chine pour réduire son exposition aux droits de douane américains et aux risques géopolitiques. Mais l’entreprise ne disposait toujours pas d’une base industrielle sur le sol américain. C’est l’un des apports très concrets de Starman : ses capacités de fabrication aux États-Unis donnent à GoPro un point d’ancrage industriel local, au moins pour les transceivers optiques et potentiellement pour certains sous-systèmes d’imagerie avancée.

L’intérêt dépasse la simple communication sur le « made in USA ». Le groupe explique vouloir se protéger des instabilités économiques provoquées par les changements de tarifs douaniers ou de règles d’importation. Cette logique prend du poids dans un contexte où la FCC s’est récemment penchée sur des restrictions touchant des routeurs fabriqués à l’étranger, des drones équipés de LiDAR et certains robots connectés. Pour des marchés comme la défense, le gouvernement ou les infrastructures sensibles, l’origine américaine des composants et de la production devient un argument commercial autant que politique.

C’est aussi ce qui donne une cohérence supplémentaire à l’opération. Là où la GoPro grand public restait dépendante d’une chaîne de valeur asiatique, la GoPro post-fusion pourrait monétiser des composants optiques et des systèmes d’imagerie alignés avec les priorités industrielles américaines : sécurisation de la supply chain, relocalisation et réduction des dépendances jugées sensibles.

Un pivot vers l’IA plus crédible que d’autres, mais encore loin d’être bouclé

GoPro rejoint la liste des entreprises qui se redirigent vers l’IA et les centres de données, un thème qui attire massivement les capitaux. Une estimation citée dans le rapport évoque 32 000 milliards de dollars d’investissements cumulatifs dans les data centers IA d’ici 2050. Le terrain est donc tentant, et il a déjà vu des annonces spectaculaires, y compris chez des acteurs sans héritage technique évident.

La différence, ici, tient à la base industrielle et technologique. Starman est déjà un acteur des transceivers optiques. GoPro, de son côté, arrive avec des actifs exploitables dans l’optique, l’imagerie et l’électronique embarquée. Le pivot peut sembler brutal vu de l’extérieur, mais il ne part pas de zéro. Il s’appuie sur une société cible déjà dans le bon marché et sur des technologies susceptibles d’être réutilisées dans les data centers, la robotique ou la défense.

Reste que l’opération n’est pas encore finalisée. Au 3 septembre 2026, il s’agit d’un accord de fusion définitif, soumis aux conditions de clôture habituelles, notamment l’approbation des actionnaires de GoPro et les éventuelles autorisations réglementaires. C’est la première échéance à surveiller. La deuxième sera plus stratégique : voir quelle place la nouvelle entité laissera aux caméras grand public, et combien de son activité elle parviendra réellement à déplacer vers les transceivers optiques, l’imagerie industrielle et les marchés gouvernementaux dans ce cas.

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Albert

Journaliste tech depuis 2013, je suis Albert et je décrypte l'actualité high-tech pour la rendre claire et utile au quotidien. Spécialisé dans le hardware, les objets connectés et le gaming, je teste également les logiciels et les outils d'intelligence artificielle qui changent nos usages. Aussi fasciné par l'écosystème Apple que par les configurations PC les plus underground. Passé par plusieurs rédactions de référence comme MacPlus et Phonandroid, je mets cette expérience au service de tests transparents, impartiaux et ancrés dans un usage 100 % réel.
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