Une publicité en ligne peut être détournée pour attaquer un smartphone sans que sa victime clique dessus. Le 15 octobre 2026, le laboratoire Citizen Lab a publié une enquête sur « AdFection », une technique de diffusion de logiciels espions via les enchères publicitaires. Des appareils du groupe Al Jazeera ont été ciblés par le logiciel Candiru. Pour le grand public français, cette révélation relance la question de la sécurité des régies publicitaires et du suivi des utilisateurs.
Dernière mise à jour : 18 octobre 2026.
Ce qu’il faut retenir
- Rapport publié par Citizen Lab le 15 octobre 2026.
- La technique « AdFection » passe par des publicités ciblées, sans nécessiter de clic.
- Au moins 45 appareils d’Al Jazeera ont été ciblés, selon les chercheurs.
- Environ 4 milliards d’enregistrements d’enchères ont été analysés.
- Les annonces de Discover-Tech sont apparues sur plus de 120 000 sites et 70 000 applications.
- Google et IAB Europe ont retiré Discover-Tech de leurs listes ou systèmes partenaires.
Une attaque sans clic : comment est-ce possible ?
Lorsqu’une page ou une application charge une publicité, une enchère automatisée sélectionne l’annonce qui doit s’afficher. Ces échanges transmettent des informations techniques et publicitaires sur l’appareil, souvent en quelques fractions de seconde.
Selon Citizen Lab, la société israélienne Discover-Tech a utilisé ce fonctionnement pour identifier des cibles puis leur envoyer, dans le contenu d’une publicité, du code chargé de déclencher une attaque. La victime n’avait pas besoin de toucher à la bannière.
Les chercheurs ont baptisé cette méthode AdFection. Ils présentent leur enquête comme la première confirmation technique publique d’une attaque par logiciel espion mercenaire diffusé de cette manière.
Al Jazeera dans le viseur de Candiru
Citizen Lab a travaillé à partir de traces techniques issues d’appareils d’Al Jazeera. Le laboratoire relie avec un haut degré de confiance une série d’attaques en 2024 et 2025 au logiciel espion Candiru, également connu sous le nom d’Integrity Labs.
Au moins 45 appareils ont été ciblés. Le laboratoire décrit des cas d’infection et des éléments reliant l’impression publicitaire aux serveurs de l’attaquant. Ce chiffre ne signifie pas que les milliards de personnes potentiellement exposées aux annonces ont été infectées.
Le logiciel espion peut chercher à récupérer des fichiers, des identifiants, des échanges privés ou d’autres informations sensibles. Ses capacités exactes dépendent de la version et de la compromission réussie de l’appareil.
Des milliards d’enchères, mais pas autant de victimes
L’enquête s’appuie sur près de quatre milliards d’enregistrements d’enchères publicitaires retrouvés sur une infrastructure de Discover-Tech. Pour la période de mars à juin 2026, les chercheurs ont identifié des diffusions sur plus de 70 000 applications et 120 000 sites web.
Des publicités ont également été observées sur des réseaux associés à des institutions sensibles, dont des organismes européens. Il faut distinguer une annonce affichée, le ciblage d’un appareil et l’installation effective d’un logiciel malveillant : le rapport ne prouve pas une infection sur chacun de ces réseaux.
L’affaire montre surtout qu’un mécanisme conçu pour vendre des annonces ciblées peut aussi servir d’outil de profilage et d’attaque extrêmement précis.
Quelles plateformes ont réagi ?
| Acteur | Réaction rapportée par Citizen Lab |
|---|---|
| Accès de Discover-Tech aux enchères publicitaires interrompu. | |
| IAB Europe | Retrait de Discover-Tech de listes de vendeurs approuvés. |
| Beeswax / FreeWheel | Retrait de la plateforme d’achat publicitaire. |
| Vungle / Liftoff | Accès suspendu le temps d’une enquête. |
| Eskimi | Comptes et domaines bloqués. |
Ces actions limitent les vecteurs identifiés, sans constituer la preuve que toutes les attaques comparables ont disparu. Discover-Tech n’avait pas répondu à la demande de commentaires du laboratoire dans le délai indiqué au moment de publication.
Comment mieux se protéger en France ?
Pour les particuliers, la priorité reste de maintenir le système et le navigateur à jour. Les attaques sans clic exploitent souvent des vulnérabilités techniques qui peuvent être corrigées par des mises à jour de sécurité.
Les personnes exposées à un risque ciblé, comme les journalistes, responsables publics et défenseurs des droits, peuvent réduire le suivi publicitaire, utiliser un bloqueur de publicités fiable et activer les protections renforcées proposées par leurs appareils. Ces mesures réduisent l’exposition mais ne garantissent pas l’absence de compromission.
Dans les organisations, filtrer les publicités aux passerelles réseau et séparer les usages sensibles peuvent limiter les risques. TechPi a déjà présenté les enjeux de protection du presse-papiers sur Android et l’importance des correctifs de sécurité Windows.
Notre avis
La principale nouveauté n’est pas l’existence des logiciels espions, mais le détournement d’un système publicitaire mondial pour les distribuer. Les protections individuelles comptent, mais les régies et les intermédiaires doivent aussi contrôler les acteurs autorisés à acheter et exécuter du code publicitaire.
Il faut éviter un raccourci : voir une bannière ne signifie pas automatiquement qu’un appareil est compromis. Citizen Lab documente une campagne ciblée, pas une infection généralisée de tous les internautes.
FAQ
Qu’est-ce qu’AdFection ?
C’est le nom donné par Citizen Lab à la distribution ciblée d’un logiciel espion via le chargement automatique de publicités, sans clic de l’utilisateur.
Peut-on être piraté simplement en affichant une publicité ?
Des attaques documentées montrent que c’est techniquement possible contre certaines cibles. Cela ne veut pas dire que toutes les publicités sont dangereuses ni que chaque appareil est vulnérable.
Comment limiter le risque d’un logiciel espion sans clic ?
Maintenir ses logiciels à jour, limiter le suivi publicitaire et, pour les personnes à risque, activer les modes de protection renforcés et bloquer les publicités quand c’est possible.
Combien d’appareils ont été visés chez Al Jazeera ?
Le rapport fait état d’au moins 45 appareils ciblés lors des attaques étudiées en 2024 et 2025.








