Les prix de la RAM n’ont pas fini de grimper, et Valve le dit désormais sur un ton d’alerte : selon une déclaration rapportée, le constructeur estime que les tarifs sont encore “en retard” sur la hausse réelle des coûts et qu’ils vont empirer dans les trois à six prochains mois. Le contexte de marché, lui, est bien documenté : la DRAM a flambé de 171,8 % en glissement annuel au troisième trimestre 2025 selon TrendForce, et les kits DDR5 grand public ont vu leurs prix multipliés par quatre entre septembre 2025 et janvier 2026, soit +344 % en moyenne.
La prudence s’impose sur la formule exacte attribuée à Valve : elle n’apparaît pas textuellement dans les sources consultées. En revanche, le diagnostic colle parfaitement à l’état du marché mémoire en 2025-2026, et surtout à ce que Valve a déjà officialisé sur ses propres produits. En mai 2026, la firme a relevé le prix du Steam Deck 512 Go de 569 à 779 euros et celui de la version 1 To de 679 à 919 euros, en pointant explicitement la flambée des coûts de mémoire et de stockage.
Les prix de la RAM ont déjà explosé, mais le choc ne s’est pas encore entièrement répercuté
Le point de bascule remonte à l’été 2025. Dès le troisième trimestre, les prix contractuels de la DRAM — ceux négociés entre fabricants et grands acheteurs — bondissent de 40 à 60 %, avant d’atteindre +171,8 % sur un an. Le détail est important, car c’est là que se loge l’idée de prix “lagging” évoquée par Valve : les contrats montent d’abord, puis les composants vendus au détail suivent avec plusieurs semaines ou plusieurs mois de retard, et enfin les machines finies absorbent à leur tour la hausse.
Sur le marché grand public, le rattrapage a été violent. Les kits DDR5 ont pris +89 à +130 % entre septembre et novembre 2025, puis les relevés de prix de janvier 2026 montrent une hausse moyenne de 344 % en quatre mois. Un exemple résume la situation : selon l’indice RAM de 3DCenter basé sur Geizhals, un kit 2 x 16 Go DDR5-6000 est passé de 75 euros en juillet 2025 à 395 euros en janvier 2026, soit +427 %.
La DDR4 n’a pas servi d’abri. Sur le marché spot, elle a même progressé de 172 % sur une période comparable, contre 76 % pour la DDR5, signe que les anciennes plateformes sont elles aussi prises dans l’étau. Pour un acheteur français, cela se voit très concrètement : en mai 2026, un kit 32 Go DDR5-6000 se négocie entre 400 et 500 euros en France, contre 119 euros en octobre 2025.
Pourquoi Valve parle de prix “en retard” et d’une situation appelée à empirer
Ce que suggère Valve, c’est que le gros de la hausse n’est pas encore totalement visible sur tous les produits finis. Les analystes mémoire anticipent en effet de nouvelles augmentations sur les contrats DRAM : +55 à +60 % au premier trimestre 2026 selon TrendForce, puis +45 à +50 % au deuxième trimestre 2026. D’autres notes vont jusqu’à +58 à +63 % sur la DRAM conventionnelle au T2 2026. Autrement dit, même après l’envolée déjà constatée en boutique, la chaîne de prix industrielle continue de se tendre.
La fenêtre de “trois à six mois” attribuée à Valve n’est pas vérifiable textuellement dans les sources, mais elle correspond à cette mécanique. Les hausses contractuelles enregistrées au premier semestre 2026 ont vocation à se répercuter plus tard sur les PC assemblés, les portables, les consoles portables et une part du matériel gaming. Pour un acteur comme Valve, qui vend un appareil combinant SoC AMD, mémoire LPDDR soudée et SSD NVMe, le renchérissement ne touche pas un simple composant d’appoint : il frappe une partie centrale de la facture matérielle.
C’est d’ailleurs ce que la hausse du Steam Deck a déjà montré. La machine n’a pas changé techniquement, mais son prix a bondi d’environ 35 à 40 % selon les versions. Ce n’est pas un ajustement cosmétique : c’est le signe qu’un constructeur qui avait jusque-là maintenu des tarifs serrés n’absorbe plus la hausse des composants.
L’IA aspire la production mémoire et laisse le PC grand public sous tension
La cause structurelle est connue : les fabricants réorientent leurs lignes vers la HBM, la mémoire à très haut débit utilisée dans les GPU et accélérateurs IA de datacenters. Samsung, SK hynix, Micron et les autres arbitrent leurs capacités en faveur des produits les plus rentables, pendant que la DDR4 et la DDR5 grand public restent sous-approvisionnées. Ce recentrage industriel est confirmé ; ce qui reste prévisionnel, c’est le calendrier de sortie de crise, que plusieurs analyses situent plutôt vers 2027-2028.
Le rôle de l’IA apparaît aussi dans le calendrier. L’annonce du projet “Stargate” le 1er octobre 2025, infrastructure IA de 500 milliards de dollars portée par OpenAI, Oracle et SoftBank, est identifiée par les analystes comme un déclencheur majeur de la ruée sur les capacités DRAM et HBM. L’impact exact sur chaque usine relève de l’interprétation, mais l’enchaînement des événements est lui bien confirmé : demande IA en hausse, réallocation des lignes, tension sur les mémoires conventionnelles.
Le résultat dépasse largement le seul marché des barrettes. Les SSD devraient eux aussi voir leurs prix contractuels grimper de 40 % en 2026. Les GPU suivent la même trajectoire : des hausses sont signalées dès janvier 2026 chez AMD et en février chez NVIDIA, avec des écarts spectaculaires dans le haut de gamme. Une RTX 5090 annoncée à 1999 dollars a ainsi été observée entre 3500 et 4000 dollars chez certains revendeurs.
Le Steam Deck devient un cas d’école d’une crise qui touche tout le PC
Valve n’est pas un cas isolé, mais son Steam Deck rend la crise très lisible. Une console portable passée de 569 à 779 euros en 512 Go, puis de 679 à 919 euros en 1 To, à configuration inchangée, c’est un choc facile à mesurer pour le public. Le produit glisse d’un segment premium encore accessible vers un territoire tarifaire beaucoup plus proche du PC portable gaming.
La même pression se retrouve sur le marché PC au sens large. Selon les analyses citées dans le rapport, les hausses de mémoire se traduisent par +15 à +20 % sur le prix des machines début 2026, avec des cas pouvant monter plus haut. IDC évoque même une possible contraction de 5 à 9 % du marché PC en 2026 en raison du renchérissement des composants mémoire. Pour contenir les prix d’appel, certains constructeurs réduisent déjà les configurations par défaut, en revenant par exemple à 8 Go sur l’entrée de gamme.
Les assembleurs européens, eux, suivent désormais la RAM comme ils surveillaient autrefois les GPU. Les indices de prix dédiés, comme celui de 3DCenter sur Geizhals, sont devenus des outils de devis quasi quotidiens. C’est un basculement qui en dit long : la mémoire n’est plus une ligne discrète dans une configuration, mais un goulet d’étranglement matériel à part entière. TechPi a déjà suivi les tensions sur les composants PC et gaming, et la RAM s’impose désormais comme l’un des postes les plus instables.
Ce qu’il faut surveiller d’ici l’été
À court terme, le point clé reste la répercussion des hausses contractuelles du Q1-Q2 2026 sur les produits vendus au détail. Les sources mentionnent bien un léger reflux en Europe après le pic de février 2026, de l’ordre de -7,2 % en mars et jusqu’à -10 à -15 % en France depuis le sommet, mais ce mouvement reste modeste face à l’ampleur de la hausse précédente.
La prochaine échéance, c’est donc moins un retour à la normale qu’un test de résistance : voir si cette respiration tient, ou si les prévisions de TrendForce relancent la hausse sur les PC, les SSD et les machines comme le Steam Deck. C’est aussi ce qui donne du poids à l’avertissement relayé par Valve. Si les prix de la RAM sont encore “en retard”, le marché n’a peut-être pas encore encaissé le plus dur.








