Le régulateur britannique de la concurrence envisage de placer l’écosystème de logiciels professionnels de Microsoft sous surveillance renforcée. Le 16 octobre 2026, la CMA a proposé de reconnaître au groupe un « statut de marché stratégique », notamment autour de Microsoft 365, Office, Teams et Copilot. Elle s’inquiète des difficultés à changer de fournisseur et à utiliser des outils d’IA concurrents. Aucune sanction n’a été prononcée et la décision finale est attendue d’ici février 2027.
Dernière mise à jour : 17 octobre 2026.
Ce qu’il faut retenir
- La CMA britannique a présenté sa proposition le 16 octobre 2026.
- L’enquête porte sur les logiciels d’entreprise de Microsoft, notamment Microsoft 365, Teams et Copilot.
- Au Royaume-Uni, ces outils comptent environ 20 millions d’utilisateurs mensuels, selon la CMA.
- Plus d’un million d’entreprises et d’organismes publics britanniques les utilisent.
- La consultation est ouverte jusqu’au 13 novembre 2026.
- La CMA doit statuer au plus tard le 13 février 2027.
- Cette procédure est britannique, distincte des règles de concurrence de l’Union européenne.
Pourquoi Microsoft est dans le viseur du Royaume-Uni
La Competition and Markets Authority (CMA) estime, à ce stade de son enquête, que Microsoft dispose d’une position durable dans plusieurs segments essentiels à l’informatique professionnelle. Son investigation, ouverte en mai 2026, couvre notamment les systèmes d’exploitation pour PC, les suites bureautiques, les logiciels de sécurité, les systèmes serveurs et les bases de données.
Le problème n’est pas seulement la popularité de Word, Excel, PowerPoint ou Outlook. Le régulateur s’intéresse surtout au coût et à la complexité du changement de fournisseur, ainsi qu’aux avantages que Microsoft peut tirer de l’intégration de nombreux outils dans un même environnement.
Selon la CMA, ces pratiques peuvent compliquer l’arrivée de concurrents, même lorsque leurs produits répondent aux besoins de certaines entreprises. Microsoft conteste l’analyse du régulateur, rapporte Reuters.
Copilot et les agents IA au centre des préoccupations
La CMA souhaite examiner si les entreprises peuvent choisir librement leurs assistants d’intelligence artificielle, sans être poussées vers Microsoft Copilot par la manière dont les logiciels sont intégrés ou commercialisés.
Le sujet prend de l’importance avec les agents IA, capables de travailler à travers la messagerie, les documents, les réunions et les logiciels métiers. Un assistant étroitement lié à une suite très répandue peut avoir un avantage pratique sur des solutions concurrentes.
Le régulateur cite également les produits de cybersécurité de Microsoft et les règles de licence qui influencent le choix d’un hébergeur cloud. La question est simple pour les entreprises : peuvent-elles combiner les outils de plusieurs fournisseurs sans pénalité disproportionnée ni obstacle technique ?
Ce que pourrait changer le « statut de marché stratégique »
Le statut britannique de strategic market status (SMS) ne correspond pas à une condamnation pour infraction. Il permettrait à la CMA, après décision définitive et procédures adaptées, d’envisager des obligations ciblées pour améliorer la concurrence.
| Sujet examiné | Question posée par la CMA | Situation au 17 octobre |
|---|---|---|
| Copilot et IA | Les assistants concurrents peuvent-ils réellement rivaliser dans Microsoft 365 ? | Analyse et consultation en cours |
| Logiciels de sécurité | Le regroupement des produits réduit-il le choix des clients ? | Interventions possibles à étudier |
| Licences cloud | Les conditions favorisent-elles certains hébergeurs ? | Examen des freins au changement |
| Décision SMS | Microsoft remplit-il les critères légaux britanniques ? | Décision attendue avant le 13 février 2027 |
Aucune obligation nouvelle concernant les prix ou la vente séparée de Copilot n’a été arrêtée à ce stade. La feuille de route publiée par la CMA décrit des pistes d’investigation, et non des mesures déjà imposées.
Quelles conséquences pour les entreprises françaises ?
La proposition de la CMA ne s’applique pas automatiquement aux entreprises en France. Elle illustre toutefois un enjeu qu’elles connaissent déjà : dépendre d’un seul fournisseur pour les documents, la visioconférence, la sécurité et désormais les assistants IA.
Dans l’Union européenne, Microsoft a déjà pris des engagements concernant la distribution de Teams avec Microsoft 365 et Office 365. La Commission européenne les a rendus juridiquement contraignants en septembre 2025, notamment pour améliorer le choix, l’interopérabilité et la portabilité des données.
Pour les organisations françaises qui cherchent à limiter leur dépendance à une plateforme, TechPi propose aussi un guide pour déployer une IA en local en entreprise, avec les questions de matériel et de RGPD. Cela ne remplace pas Office, mais permet d’étudier d’autres façons de traiter certaines données.
Et sur le cloud, Microsoft et Amazon progressent
Dans une mise à jour séparée publiée le même jour, la CMA reconnaît que Microsoft et Amazon Web Services ont engagé des changements pour faciliter le passage d’un cloud à un autre. Elle cite notamment la suppression de certains frais de transfert lors du départ vers un concurrent et des améliorations d’interopérabilité.
Le régulateur juge néanmoins que des obstacles subsistent, par exemple autour de la gestion des identités et de l’accès aux services. Une enquête sectorielle plus poussée reste donc possible, sans être annoncée comme certaine.
Notre avis
Cette procédure montre que l’enjeu concurrentiel de Microsoft 365 dépasse les logiciels bureautiques classiques. Avec Copilot, les liens entre documents, cloud et agents IA deviennent aussi importants que les fonctions de Word ou d’Excel.
Il serait prématuré d’annoncer une vente séparée obligatoire de Copilot ou une baisse de prix. La CMA consulte encore le marché et doit justifier toute intervention future.
FAQ
Microsoft 365 est-il sanctionné au Royaume-Uni ?
Non. La CMA propose une désignation réglementaire et mène une consultation. Elle n’a pas annoncé de condamnation ni d’amende dans cette procédure.
Copilot sera-t-il séparé de Microsoft 365 ?
Ce n’est pas décidé. Le régulateur étudie le choix offert aux entreprises et la capacité des assistants IA concurrents à fonctionner avec les logiciels de Microsoft.
Quand la CMA rendra-t-elle sa décision sur Microsoft ?
La consultation est ouverte jusqu’au 13 novembre 2026. La décision finale sur la désignation est attendue au plus tard le 13 février 2027.
Cette enquête concerne-t-elle la France ?
La procédure vise le marché britannique. Les entreprises françaises sont soumises au cadre européen, où des engagements distincts concernant Teams et Microsoft 365 sont déjà en vigueur.








