Yann Le Cun claque la porte de Meta et lance AMI, une audacieuse rupture face aux IA LLM

Yann Le Cun claque la porte de Meta et lance AMI, une audacieuse rupture face aux IA LLM

À 65 ans, le pionnier de l’intelligence artificielle Yann Le Cun tourne la page Meta pour écrire un nouveau chapitre plus personnel. L’ancien directeur de la recherche en IA du géant californien a annoncé la création d’AMI (Advanced Machine Intelligence), une start-up spécialisée dans l’IA physique. Son objectif : initier une troisième révolution de l’IA capable de comprendre et d’interagir avec le monde réel.

Un départ symbolique dans l’écosystème de l’IA

Figure de proue du deep learning et lauréat du prix Turing en 2018, Yann Le Cun a passé plus de douze ans à la tête de FAIR, le laboratoire de recherche fondamentale en IA de Meta. Mais depuis début 2025, des divergences profondes sont apparues avec la direction du groupe dirigé par Mark Zuckerberg. Ce dernier a pris un virage vers la superintelligence basée sur les grands modèles de langage, en recrutant Alexandr Wang, cofondateur de Scale AI, pour piloter Meta Superintelligence Labs.

Cette scission stratégique a convaincu Le Cun qu’il était temps de reprendre la main sur sa vision de l’IA. En confirmant son départ en décembre 2025 à Station F à Paris, il a évoqué une « fracture idéologique » et exprimé son désaccord avec l’approche centrée sur les LLM, qu’il considère « incapables d’atteindre un niveau d’intelligence vraiment humain ».

AMI : une IA ancrée dans le monde physique

Le Cun fonde AMI autour d’une idée cardinale : construire des systèmes d’intelligence artificielle capables de comprendre la mécanique du monde réel. Contrairement aux solutions génératives, AMI reposera sur des modèles physiques de l’environnement, appelés world models. Ces IA sauront prédire les conséquences d’actions dans un univers simulé, facilitant autonomie et décision chez les machines.

Ces travaux visent des applications concrètes dans des secteurs comme l’industrie, la logistique ou la robotique. AMI ambitionne de devenir un acteur mondial de l’IA avec un fort ancrage en Europe, notamment grâce à son siège parisien. Laurent Solly, ancien DG de Meta France, et Alex LeBrun, fondateur de Nabla, rejoignent l’équipe de départ. Une levée de fonds de 500 millions d’euros est attendue en février 2026.

Une réponse directe à l’hégémonie des modèles LLM

Pour Le Cun, les chatbots comme ChatGPT ou Gemini ont amorcé une deuxième phase de l’IA, mais ils atteignent aujourd’hui un plafond. Selon lui, ces modèles imitent le langage humain sans comprendre le fond. « Ils peuvent répondre de manière convaincante, mais ne savent ni raisonner, ni agir dans un monde réel », a-t-il déclaré. En cela, AMI souhaite revenir à l’essence de l’intelligence : l’interaction avec le monde.

Il voit dans ce projet une rupture comparable à celle du deep learning dans les années 2010. Cette rupture technique s’accompagne d’une volonté politique : Le Cun assume une forme d’indépendance idéologique. Il critique ouvertement la trajectoire de Meta et déplore les dérives autoritaires du climat politique américain, notamment sous l’influence de figures comme Trump et Elon Musk.

Meta poursuivra seul le chemin vers la superintelligence

Alors que Meta concentre désormais ses efforts sur des IA de type superintelligence, le départ de Le Cun marque une cassure stratégique nette. Même si l’expert français assure que Meta pourrait être un partenaire de recherche dans le futur, le groupe de Menlo Park ne sera pas actionnaire de la nouvelle entité.

Depuis l’annonce officielle le 16 janvier 2026, les réactions publiques de Meta se font rares. Le départ de Le Cun suscite toutefois un vif intérêt parmi les chercheurs et les investisseurs, curieux de suivre cet ambitieux projet européen. La scène techno-scientifique mondiale s’interroge désormais : la troisième révolution de l’IA viendra-t-elle de Paris plutôt que de la Silicon Valley ?

Prochaines étapes pour AMI

Les détails complets de l’équipe scientifique, du plan d’investissement et des partenaires stratégiques d’AMI seront dévoilés en février. En attendant, la start-up affiche déjà de grandes ambitions. Elle entend recruter les meilleurs talents mondiaux en IA, mécanisme et sciences cognitives pour établir une alternative crédible à l’approche dominante des LLM. Une stratégie risquée, mais audacieuse, à l’image de son fondateur.