Le mystère entourant l’identité de Satoshi Nakamoto, créateur du Bitcoin, pourrait-il enfin être levé ? Selon une enquête approfondie du New York Times, la réponse serait oui. Et elle est radicale : Satoshi Nakamoto n’existerait pas en tant qu’individu distinct, mais serait en réalité le cryptographe britannique Adam Back.
Cette thèse, portée par le journaliste John Carreyrou après plus d’un an d’investigation, relance l’un des plus grands mystères de l’histoire financière moderne.
Une enquête de longue haleine
Pour parvenir à cette conclusion, John Carreyrou a exploré des archives remontant aux années 1990 : forums cypherpunks, listes de diffusion, échanges d’emails et publications techniques. Il a également interrogé à plusieurs reprises Adam Back, jusqu’à une confrontation directe lors d’une rencontre au Salvador.
Le journaliste affirme avoir identifié une convergence d’indices techniques, linguistiques et comportementaux pointant vers un seul homme.
Le profil d’un pionnier de la cryptographie
Adam Back est loin d’être un inconnu. Cypherpunk de longue date, spécialiste de la protection de la vie privée, il est surtout l’inventeur en 1997 du Hashcash, un système de preuve de travail directement repris dans l’architecture du Bitcoin.
Il est d’ailleurs le seul chercheur explicitement cité dans le livre blanc publié le 31 octobre 2008. Ce document fondateur décrit un système de monnaie électronique décentralisée, lancé officiellement en 2009.
Pour l’enquête, ce lien technique constitue un indice majeur.
Une signature britannique derrière Satoshi
L’enquête s’appuie aussi sur des éléments plus subtils, notamment linguistiques. Contrairement à l’image d’un Japonais né en 1975, le style d’écriture de Satoshi évoque davantage une origine britannique.
Un indice symbolique renforce cette hypothèse : dans le premier bloc de la blockchain, Satoshi a inscrit une référence au journal The Times évoquant le sauvetage des banques britanniques. Ce message traduit une défiance envers le système financier traditionnel et éclaire les motivations idéologiques du projet.
Le poids des analyses linguistiques
L’analyse de milliers de textes a permis d’identifier des similitudes frappantes entre les écrits de Satoshi et ceux d’Adam Back.
Certaines expressions rares, comme « proof-of-work » ou « partial pre-image », apparaissent dans les deux corpus. Des tournures spécifiques, voire des erreurs récurrentes, comme certaines confusions grammaticales ou l’usage particulier des traits d’union, renforcent cette proximité.
Une phrase en particulier a marqué le journaliste : Adam Back avait déclaré être « meilleur en programmation qu’en arguments convaincants ». Des années plus tard, Satoshi écrivait une phrase presque identique. Lorsqu’il est interrogé à ce sujet, Back adopte une réponse ambiguë qui, selon l’enquête, trahirait une forme de reconnaissance implicite.
Un silence jugé suspect
Autre élément troublant : la chronologie des apparitions publiques.
Très actif dans les années 1990 et au début des années 2000, Adam Back devient étonnamment discret entre 2008 et 2010, période correspondant précisément à l’activité de Satoshi. Il ne réapparaît que plus tard, notamment après la révélation publique de la fortune de Satoshi en 2013.
Ce décalage alimente l’idée d’un double rôle.
Une fortune colossale et immobile
Depuis sa disparition en avril 2011, Satoshi Nakamoto n’a laissé aucune trace. Les bitcoins qu’il détient — environ un million d’unités — n’ont jamais été déplacés.
Au cours actuel, cela représente une fortune de plusieurs dizaines de milliards de dollars, faisant de lui, ou de la personne derrière ce pseudonyme, l’une des plus riches du monde.
Pour beaucoup, ce silence absolu est soit la preuve d’une discipline extrême, soit celle d’une disparition définitive.
Une hypothèse contestée
Malgré la solidité apparente de l’enquête, plusieurs éléments viennent fragiliser cette thèse.
Des échanges d’emails entre Satoshi et Adam Back existent bel et bien. Pour certains, cela prouve qu’il s’agit de deux personnes distinctes. L’idée qu’il se serait écrit à lui-même pour brouiller les pistes est jugée peu convaincante.
De son côté, Back dément fermement. Il affirme ne pas être Satoshi et explique que les similitudes relevées s’expliquent par un intérêt commun pour les mêmes sujets.
Un démenti… et une vision du Bitcoin
Le 8 avril, Adam Back a réaffirmé publiquement sa position : il n’est pas le créateur du Bitcoin.
Il va plus loin en soulignant que l’anonymat de Satoshi est bénéfique. Selon lui, ne pas connaître l’identité du fondateur permet au Bitcoin d’être perçu comme une « marchandise numérique » indépendante de toute figure centrale.
Cette idée est largement partagée dans la communauté.
Un mystère peut-être nécessaire
Depuis sa création, le Bitcoin repose sur un principe fondamental : l’absence d’autorité centrale.
Révéler l’identité de son créateur pourrait fragiliser cet équilibre en introduisant une figure humaine, donc faillible et potentiellement influente.
C’est pourquoi certains estiment que le mystère autour de Satoshi Nakamoto fait partie intégrante de la réussite du Bitcoin.
Conclusion
L’enquête du New York Times apporte des éléments troublants et relance avec force une hypothèse déjà évoquée par le passé : Adam Back pourrait être Satoshi Nakamoto.
Mais en l’absence de preuve cryptographique irréfutable, le doute persiste.
Et peut-être que, pour le Bitcoin, ce doute est précisément ce qui fait sa force.








