La feuille de route du neutral atom quantum computing s’est nettement accélérée en 2025 et 2026. Les atomes neutres piégés par laser affichent désormais des objectifs crédibles de tolérance aux erreurs dès 2028-2029, avec des machines qui visent des qubits logiques, et non plus seulement des qubits physiques. Pour le marché, l’enjeu est direct : cette architecture combine connectivité reconfigurable, fonctionnement proche de la température ambiante et intégration possible en salle serveur standard, comme le détaille l’analyse de référence sur les atomes neutres.
Concrètement, la technologie repose sur des pinces optiques. Ces faisceaux laser piègent des atomes individuels, le plus souvent du rubidium-87 ou du strontium. L’information quantique est stockée dans leurs états électroniques internes. Les opérations s’exécutent via des états de Rydberg, qui permettent des interactions à longue portée entre atomes voisins. Les atomes restent refroidis à des températures microkelvins, mais l’électronique et les lasers fonctionnent à température ambiante.
Neutral atom quantum computing : pourquoi les atomes neutres changent la feuille de route
L’atout majeur des atomes neutres tient à leur connectivité “any-to-any”. Les qubits ne dépendent pas d’un câblage figé. Le système déplace physiquement les atomes vers des zones d’interaction, puis les renvoie en zone de stockage. Cette reconfigurabilité facilite l’exécution des portes quantiques et simplifie la correction d’erreurs.
Autre avantage, chaque atome de rubidium-87 est identique par nature. Cette identité atomique évite les variations de fabrication qui compliquent la vie des architectures superconductrices. En parallèle, les processeurs modernes adoptent une architecture zonée. Ils séparent les zones de stockage, les zones d’entrelacement et les zones de lecture. Cette organisation permet la mesure en milieu de circuit sans perturber le reste du calcul.
Le rapport pointe aussi une métrique clé : le ratio entre qubits physiques et qubits logiques. Sur ce terrain, l’approche de QuEra se situe autour de 5:1. À titre de comparaison, les superconducteurs tournent autour de 1 000:1 dans ce panorama, tandis que Quantinuum se situe autour de 2:1. Ce ratio compte davantage que le simple volume de qubits physiques, car il mesure la capacité à produire un calcul utile et corrigé.
Les atomes neutres gardent toutefois des limites. Les portes de Rydberg fonctionnent sur une plage d’environ 1 à 10 microsecondes. C’est plus lent que les portes superconductrices, qui évoluent à l’échelle de quelques dizaines de nanosecondes. En revanche, les temps de cohérence montent à la seconde avec le rubidium, et à des dizaines de secondes avec le strontium.
QuEra vise 256 qubits logiques avec Libra dès 2028
QuEra incarne aujourd’hui la trajectoire la plus visible du secteur. La société, issue de Harvard et du MIT en 2021, a levé plus de 507 millions de dollars. En décembre 2025, elle a bouclé une Series B de 230 millions de dollars avec Google Quantum AI, SoftBank et NVIDIA NVentures.
Son système Aquila, lancé sur AWS Braket en 2022, embarque 256 qubits analogiques. Il reste le système à atomes neutres le plus utilisé par des utilisateurs externes. Surtout, QuEra a enchaîné les avancées scientifiques confirmées. En 2023, une collaboration Harvard-MIT-QuEra-NIST a démontré 48 qubits logiques. Puis, en novembre 2025, la même filière a porté ce record à 96 qubits logiques à partir de 448 atomes physiques.
Ensuite, la société a officialisé sa feuille de route. Libra, attendu en 2028 sur Amazon Braket, doit devenir son premier système tolérant aux erreurs. L’objectif annoncé atteint 256 qubits logiques corrigés, au niveau “Mégaquop”, soit 1 million d’opérations logiques fiables avec un taux d’erreur logique de 10⁻⁶.
La suite est également balisée. Pour 2028-2029, QuEra évoque un système “Gigaquop”. Il viserait plus de 1 000 qubits logiques, un taux d’erreur logique de 10⁻⁹ et plus de 20 000 qubits physiques. Enfin, la société bénéficie d’une validation externe forte. DARPA l’a retenue pour les étapes A et B de son Quantum Benchmarking Initiative.
Atom Computing parie sur le strontium et vend déjà des qubits logiques
Atom Computing suit une voie distincte. Fondée en 2018 à Berkeley par Ben Bloom, l’entreprise utilise du strontium au lieu du rubidium. Le choix complique la pile laser, notamment avec des sources ultraviolet. En échange, il réduit la sensibilité aux fluctuations magnétiques et pousse la cohérence à des dizaines de secondes.
La société a levé plus de 300 millions de dollars. En juin 2026, elle a annoncé 100 millions en Series C, ainsi qu’une intention de lettre de 100 millions de dollars du Département du Commerce américain, conditionnée à des jalons. Son autre force vient de Microsoft. Azure Quantum fournit ici la couche de correction d’erreurs dans une logique de co-conception.
Les résultats confirmés sont déjà solides. En octobre 2023, Atom Computing a franchi les 1 000 qubits avec 1 225 sites et 1 180 qubits. En novembre 2024, l’entreprise et Microsoft ont démontré 24 qubits logiques entrelacés à 99,6 % de fidélité, puis 28 qubits logiques avec correction d’erreurs en temps réel.
Le jalon commercial le plus important s’appelle Magne. Ce système est en cours d’installation chez QuNorth, au Danemark, pour une mise en service début 2027. Sa cible atteint environ 50 qubits logiques à partir de 1 225 qubits physiques. Selon le rapport, il s’agit du premier ordinateur quantique commercial vendu d’abord sur sa capacité en qubits logiques.
En revanche, Atom Computing n’a pas publié de feuille de route publique formelle. Le rapport évoque une estimation issue d’un livre blanc 2025, avec une progression de 10x par génération. Cela placerait la prochaine étape vers 2028 autour de 10 000 qubits physiques et plus de 100 qubits logiques. Pour suivre ces développements matériels côté infrastructure, le lecteur peut aussi consulter l’actualité high-tech sur TechPi.
Pasqal avance en HPC avec une roadmap publique jusqu’en 2030
Pasqal, fondée à Paris en 2019 et cofondée par Alain Aspect, se distingue par son ancrage industriel. La société a levé plus de 300 millions de dollars. En mars 2026, elle a signé une combinaison SPAC valorisée autour de 2 milliards de dollars pre-money, avec environ 649 millions de dollars de cash attendus après fusion.
Sa stratégie commerciale diffère nettement. Pasqal installe ses processeurs directement dans des centres HPC comme co-processeurs. Des systèmes sont déjà déployés chez GENCI en France, à Jülich en Allemagne et chez CINECA en Italie. En 2025, l’entreprise a enregistré 16,5 millions d’euros de commandes commerciales. Parmi ses clients figurent Crédit Agricole CIB, Thales, EDF et CMA-CGM.
Pour l’instant, Pasqal opère surtout en mode analogique. Cette approche programme l’évolution continue du système au lieu d’enchaîner des portes digitales générales. Début 2026, la société a annoncé un avantage quantique sur une simulation de matériaux magnétiques, avec une publication scientifique encore attendue.
Sa feuille de route publique reste l’une des plus détaillées du secteur :
- Vela en 2026 : environ 256 qubits, avec transition vers l’opération digitale.
- Centaurus en 2028 : environ 10 000 qubits physiques et début de tolérance aux erreurs.
- Lyra en 2029 : 100 qubits logiques haute fidélité.
- 2030 : plus de 200 qubits logiques.
Pasqal travaille aussi l’industrialisation de la photonique. Son acquisition d’Aeponyx doit remplacer une partie de l’optique volumique par des composants photoniques sur puce. L’objectif est clair : améliorer la précision, réduire l’encombrement et mieux préparer la montée en volume.
Ce que 2027 et 2028 vont vraiment mesurer
La prochaine séquence sera décisive. Début 2027, Magne doit entrer en service chez QuNorth avec environ 50 qubits logiques. En 2028, Libra doit arriver sur AWS Braket avec 256 qubits logiques et un objectif de 1 million d’opérations fiables. La même année, Pasqal vise Centaurus, autour de 10 000 qubits physiques.
Pour les entreprises et les laboratoires, le point de bascule ne se jouera donc plus sur le plus gros chiffre de qubits physiques. Il se jouera sur les qubits logiques réellement disponibles, sur la qualité de correction d’erreurs et sur la facilité de déploiement. Sur ces trois critères, les atomes neutres ont désormais une fenêtre claire jusqu’à 2028-2029.







